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Le très coûteux entretien des tours

14 Juin 2005, 23:00pm

Publié par coudfil

©:PHC dix-huit tours "nuages"  de 1 607 logements

Quelle horreur !" , se serait exclamé Valéry Giscard d'Estaing en apercevant les tours de l'architecte Emile Aillaud, alors en construction dans le quartier du Parc, à Nanterre (Hauts-de-Seine), en 1976. L'ancien président de la République ne fut pas le seul, à l'époque, à réprouver ces cylindres bleus, gris ou verts, perforés de hublots, défiant la géométrie cubique des premiers gratte-ciel de la Défense toute proche.

En ces années kitch, Emile Aillaud, mort en 1988, faisait pourtant figure de précurseur parmi les concepteurs des grands ensembles. Son credo : "casser la boîte"  pour, selon lui, humaniser les logements sociaux. La réalisation de la Grande-Borne à Grigny (Essonne), ou du grand ensemble de Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, l'avait désigné comme un pionnier de la courbe et de la couleur, bref d'un nouvel urbanisme.

538 EUROS LA VITRE

Le quartier du Parc, à Nanterre, achevé en 1978, fut sa dernière réalisation. Aujourd'hui, les dix-huit tours "nuages"  de 1 607 logements, recouvertes de fresques dessinant un ciel nuageux traversé de verdure, oeuvres du coloriste Fabio Rieti, sont le cauchemar des bailleurs sociaux qui en assurent l'entretien. Un gouffre financier pour l'Office public départemental HLM (Opdhlm) des Hauts-de-Seine et l'Office municipal de Nanterre, qui se partagent leur gestion. Les immeubles n'ont pas résisté à l'usure des années et les bailleurs replâtrent à grands frais l'imaginaire d'Emile Aillaud.

Le remplacement de chacune des célèbres fenêtres, carrées, rondes ou en forme de goutte d'eau, coûte une petite fortune. Le brevet appartient à une entreprise qui dispose de moules spéciaux. Chaque vitre cassée est facturée 538 euros au bailleur, l'Office en remplace une centaine par an. Sur les murs extérieurs, la mosaïque de Fabio Rieti se décolle sous l'effet de la pluie et des chocs thermiques. Les petits carreaux de pâte de verre, désormais introuvables, sont remplacés par un enduit rapiéçant les façades. Tous les cinq ans, les tours font l'objet de grosses réparations qui augmentent les coûts de fonctionnement des bailleurs. En entretien, l'Opdhlm dépense 500 000 euros par an et, en 2005, la rénovation des halls et des paliers a doublé le coût par appartement. Des charges trop lourdes pour du logement social.

Mais ce sont les deux immeubles de grande hauteur (IGH) de 38 étages qui dominent la cité qui coûtent le plus cher, en raison des contraintes de sécurité incendie qu'impose la réglementation. A l'origine, Emile Aillaud voulait en construire une dizaine. La petite histoire raconte que c'est Valéry Giscard d'Estaing lui-même qui s'y opposa. Deux seulement sortirent de terre mais certains voudraient bien qu'ils disparaissent.

L'Office départemental a en projet la destruction des deux tours, soit 360 appartements, avec, en contrepartie, le relogement des familles dans le programme d'aménagement Seine-Arche, à Nanterre, qui prévoit, d'ici à 2015, la construction de 290 000 m2 de logements. La municipalité communiste de Nanterre ne veut pas en entendre parler. En revanche, la destruction des deux tours, situées au coeur d'un quartier sensible, classé prioritaire par le ministère de l'intérieur en 2004 avec vingt-cinq autres sites, ravirait Joëlle Ceccaldi, maire (UMP) de la commune limitrophe, Puteaux. La suppléante de Nicolas Sarkozy à l'Assemblée nationale avance d'ailleurs cette idée, censée "sécuriser Puteaux" , dans son projet de plan local d'urbanisme.

Jean-Pierre Dubois
Article paru dans l'édition du 16.06.05 LE MONDE

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